Lundi dernier, j’ai eu la chance d’assister au visionnement de presse du film l’Origine des espèces, premier long métrage de Dominic Goyer, pour ensuite m’entretenir avec les artisans. L’histoire raconte celle de David (Marc Paquet), un architecte menant une vie sereine et dont la femme (Sylvie de Morais) vient d’accoucher. Il découvre à la suite d’un évènement tragique que son père (Marc Béland) n’est pas son père biologique. Il tentera alors de remonter aux origines de sa mère (Élise Guilbault) afin de découvrir l’identité de son géniteur. S’ensuivra la rencontre de personnages troublants qui lui feront redouter le pire : la vérité.

Le réalisateur en est à son premier long-métrage.

Dominic Goyer. Photo: Alexis Lorange 

Une chose est sure, L’origine des espèces est une oeuvre entière qui ne laisse pas indifférent. Mais je dois admettre être d’abord restée sceptique devant ce thriller familial, dont la trame narrative est à retardement. Les grands espaces découpés et les répliques placées me donnaient un semblant de vertige. Mais plus les minutes avançaient, plus je réalisais que chaque élément était introduit pour une raison, que rien n’était laissé au hasard. Les dimensions psychanalytiques se succédaient et le film m’a laissé la tête pleine de réflexions.

"LIEVRES" Day 06 Productions Caramel Film (L'Anniversaire) Inc. ©Photo: Jan Thijs 2014

« LIEVRES » Day 06
Productions Caramel Film (L’Anniversaire) Inc.
©Photo: Jan Thijs 2014

Ce premier long-métrage de Dominic Goyer découle de ce qu’il appelle «une trilogie dans sa tête», dont les deux premiers, des courts-métrages (La monstre, Une robe blanche), véhiculent pratiquement les mêmes thèmes, soit les secrets familiaux et les masques que l’on porte. Il explique que sa démarche artistique n’est pas toujours bien comprise : «Les gens pensent au début que le jeu et l’histoire ne sont pas convaincants. Mais c’est justement ça, je demande aux acteurs de jouer la mécanique de la famille parfaite. Rien n’est ancré dans du vrai et tout le monde est désaxé. C’est du cinéma frontal, où les personnages sont placés en accordéon devant la caméra». Effectivement, plus le film avance, plus le personnage de David sort de cette cloche de verre et court se souiller dans la vraie vie, à la découverte des origines de sa mère. C’est à ce moment que le point de vue de la caméra change également. Le réalisateur, qui a reçu de nombreuses mentions au cours des dernières années, appui le fait que son film est «vraiment meilleur la deuxième fois».

Comme inspiration de départ, le cinéaste a puisé ses idées dans des témoignages de femmes qui l’ont chaviré et qu’il avait envie d’explorer. Ensuite, ayant grandi dans une ferme de lapins, il établit des parallèles entre les lapins blancs, purs et dociles, et les lièvres non apprivoisés. Le film était d’ailleurs appelé Lièvres au départ.

Marc Paquet alias David Photo: Alexis Lorange

Marc Paquet alias David
Photo: Alexis Lorange

Le comédien Marc Paquet, que l’on connait entre autres grâce à La galère, Mauvais karma et La vie secrète des gens heureux, décrit son personnage comme équilibré, malgré les éléments troublants qu’il découvre. Équilibre gardé grâce à son point d’ancrage : sa femme Hannah, qui incarne l’entité lumineuse du film, et leur nouveau-né. Sylvie de Morais, mon coup de cœur de l’année, crève l’écran et rayonne effectivement par son énergie bienveillante. Elle venait justement tout juste d’accoucher au moment du tournage.

On retrouve Sylvie de Morais (Yamaska) dans le personnage d'Hannah. Photo: Alexis Lorange

On retrouve Sylvie de Morais (Yamaska) dans le personnage d’Hannah. Photo: Alexis Lorange

 

 

 

 

 

 

 

C'est Éléonore Goldberg qui était responsable des sequences d'animation.

C’est Éléonore Goldberg qui était responsable des sequences d’animation.

Le film est aussi agrémenté de clips d’animations, une représentation narrative de la mère, une mise en abyme qui ajoute au mystère. C’est que le personnage d’Élise Guilbault est une artiste chevronnée mais troublée, et on découvre indirectement la genèse de ses cicatrices à travers ses illustrations.

 

Élise Guilbault incarne avec brio Agathe, une femme au passé trouble.

Élise Guilbault incarne avec brio Agathe, une femme au passé trouble. Photo: Alexis Lorange

 

La comédienne, qui n’a eu que deux jours de tournage, incarne tout de même le point central du film. «Dominic m’a approché disant avoir besoin d’une femme qui a une stature et un mystère qui plane autour d’elle. Je trouvais que c’était un gros mandat, mais lorsque j’ai lu le scénario, je l’ai trouvé incroyable. Tout est justifié, du plus petit au plus grand détail». On pourra revoir la comédienne dans la prochaine saison d’Unité 9 et dans la série Séquelles à Série +, ainsi que comme animatrice pour Loin d’être bête à TV5.

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Photo: Alexis Lorange

Un film riche et dense sans aucun doute, mais qui toutefois ne saura plaire à tous les publics. De mon côté, j’en suis encore un peu habitée et je compte bien suivre les conseils de Dominic et le revoir une deuxième fois, lors de la première médiatique le 20 avril. Au final et sans rien omettre, les acteurs y livrent tout au long un jeu brilliant et percutant.

Marc Béland incarne la figure paternelle. On pourra le voir cet été au theatre Beaumont-Saint-Michel dans la pièce Nelson.

Marc Béland y incarne la figure paternelle et sécurisante. Photo: Alexis Lorange

 

Le film, produit par Valérie d’Auteuil de Caramel Film, sortira en salles le 22 avril.

Photos des entrevues par Alexis Lorange.